Où sont les journalistes ?

coup de gueule

Info tweetée et re-tweetée, texto envoyé, reportage posté. Le tweet pousse le tweet créant le buzz sur les blogs. De flux, en rss, l’actualité défile de plus en plus vite, déversée dans un tourbillon médiatique permanent où les réseaux sociaux, via internet et les smartphones, devancent la télévision, la radio et la presse écrite. Où sont les journalistes ?

Imprimerie, télégraphe, radio, télévision, téléphone, numérique, internet. Quel voyage dans le temps ! Celui des médias. En 6 siècles, Gutenberg, Morse, Farnsworth, Marconi, Jobs, ont popularisé l’accès aux médias. Le traitement de l’information a gagné en qualités techniques et rédactionnelles. Jamais, l’actualité n’a été aussi dense et accessible au plus grand nombre. L’information vit au rythme de la technique et cette dernière décennie lui a donné un sérieux coup d’accélérateur. Plus de technologie, c’est plus d’infos, plus de médias, plus de débats ! Et alors ?

Qui se plaindrait de plus de démocratie ? Mais est-ce plus de journalisme ? Le traitement de l’information n’est plus l’apanage des journalistes. Internet a bousculé l’ordre médiatique. Aujourd’hui, tout le monde, ou presque, transmet des informations, vérifiées ou non. Elles circulent de plus en plus vite sur facebook et twitter. L’audience des médias traditionnels diminue au profit des nouveaux supports numériques, sites web, blogs et réseaux sociaux.Face à la multiplicitédes « informateurs » sur tous ces nouveaux médias, il est urgent de répondre par plus de journalisme et de journalistes sur le web.

Le tourbillon médiatique

La pratique du journalisme est-elle différente  sur internet ? Quel que soit le support, il y a d’abord l’information. Collecter, raconter, trier, choisir, hiérarchiser, mettre en perspective… les fondamentaux du traitement de l’information. Ces pratiques professionnelles exigent de la réactivité, de la rigueur, du recul… et du temps. Toujours utile de le rappeler ! Et sur le web ?
Dans la presse écrite, à la radio ou à la télévision, les journalistes s’expriment. Plutôt avec talent. Les valeurs du journalisme sont fondées sur la recherche de la vérité basée sur le respect des faits et des personnes pour répondre aux 5 W « Qui ? », « Quoi ?, « Où ? », « Quand ? », « Pourquoi ?« . Mais … sur le web ?

Les journalistes analysent et mettent en perspective en répondant aux questions « Comment ? » et « Quels effets ? ». C’est vrai dans les les médias dits traditionnels, presse écrite, radio et télévision. Mais … sur le web ?
Les journalistes collectent et traitent l’information. Pour qui ? Pour le public, bien sûr ! Encore utile de rappeler ! Informer c’est aussi vouloir transmettre l’information au public et au plus grand nombre ! A l’autre bout de la ligne, l’information doit trouver son lecteur, son auditeur, son téléspectateur … et c’est aussi vrai pour le web. Mais, sur le web, plus qu’ailleurs, le public cherche et trouve son information.

Depuis le début des années 2000, l’ordre médiatique et journalistique est bousculé par le numérique, internet et ses nouveaux médias que sont les réseaux sociaux, forums et blogs. D’autres médias, d’autres pratiques, d’autres infos. Les nouveaux informateurs écrivent, transmettent et débattent de l’actualité différemment. L’info circule dans tous les sens. Et les journalistes ? Que font-ils dans ce tourbillon ? Ils observent ? Frilosité, peur, méfiance ou ignorance d’internet et de la technologie ? Peut-être un peu, mais pas seulement ! « Etre d’édition sur internet, c’est comme une punition » m’a dit, un jour, un journaliste … c’est dire si le chemin à parcourir est encore long !

La technique s’est introduite dans la pratique du journalisme. En quelques années, voire décennies, le journaliste est passé du papier-crayon, à la machine à écrire, l’appareil-photo, la caméra film, puis à cassette, l’ordinateur et aujourd’hui le numérique. Les outils évoluent … vite, obligeant les professionnels à s’adapter en permanence. En moins de 10 ans, les outils de publication sur internet se sont introduits dans les rédactions pour répondre à plus de réactivité des médias sur les nouveaux supports… des outils lourds et lents au début des années 2000, mais aujourd’hui de plus en plus rapides et réactifs, très chronophages, à en faire oublier parfois l’essentiel, c’est à dire le contenu, l’information, les fondamentaux du journalisme.

Aujourd’hui, fin 2010, le fait est que les journalistes sont encore absents sur internet. Ils ne sont pas lisibles, pas audibles, pas visibles. Ils ont laissé le nouvel espace médiatique aux nouveaux informateurs, au risque de perdre définitivement la confiance des publics. Car c’est bien là l’enjeu de la rencontre entre l’information et les publics.

L’audience bouge

En 10 ans, les téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs ont changé. Aujourd’hui, pour s’informer, ils sont de moins en moins nombreux à regarder la télé ou lire la presse écrite. L’audience bouge, elle va voir ailleurs. La faute à qui ? Concurrence accrue ? Perte de confiance dans les médias traditionnels ? Les deux ? Peut-être, mais pas seulement ! Nous pouvons faire semblant de ne pas voir, mais la réalité des chiffres est bien là. En 20 ans, l’audience des journaux télévisés en région est tombée de 40% en 1990 à 15% ou 20% aujourd’hui. Les médias traditionnels embarqués dans la course à l’information auraient-ils perdu la confiance de l’audience ?

La réalité des faits montre que la concurrence s’est intensifiée offrant plus de choix aux téléspectateurs, auditeurs et lecteurs avec de nouveaux modes de consommation…  d’abord « les gratuits » …  puis internet. Le web a vite séduit un large public et développé de nouveaux usages. Les téléspectateurs ou lecteurs ne découvrent plus l’information dans les journaux traditionnels. Internet s’est introduit partout, dans les entreprises, dans la rue, dans les foyers, chez les particuliers. L’audience a investi internet. Les consommateurs d’infos d’hier sont devenus les informateurs d’aujourd’hui via les réseaux sociaux, les forums et les blogs. Les internautes transmettent des informations et les rédactions se mettent à suivre les internautes. L’audience s’est saisie d’internet. Les rôles ont changé de camp. Les journalistes sont-ils devenus des suiveurs d’informations ?

Changeons les pratiques du journalisme

Dans ce contexte de concurrence accrue et d’évolution des médias , la presse écrite, la radio, la télévision sont en perte de vitesse. Les médias traditionnels essaient de renforcer et développer des compétences techniques et éditoriales. L’image, la marque, reste une référence forte auprès du public. L’audience a bougé ?  Et les médias ? Ils courent après l’audience. Et les journalistes ? Beaucoup, trop de journalistes n’ont pas bougé, comme si rien n’avait changé. Les usages ont changé ? Alors changeons notre pratique du journalisme ! Affirmons nos valeurs professionnelles sur tous les supports, dans les médias traditionnels comme sur internet, signées sous notre marque.
La télévision, la radio, la presse écrite et les professionnels de l’information peuvent maintenir et développer le lien avec les lecteurs et téléspectateurs. A nous d’aller chercher l’audience là où elle se trouve de plus en plus, c’est à dire sur le web. Cette reconquête de la confiance de l’audience passe par plus de proximité, par un renforcement du lien avec l’audience. Le lien est d’autant plus plus fort que les interlocuteurs se voient, se parlent, sont proches, identifiés et ancrés dans la vie de tous les jours. Les médias, les rédactions et les journalistes en région cultivent cette proximité, au quotidien, depuis longtemps. Proximité géographique, proximité thématique voire affective.

Internet et les réseaux sociaux renforcent cette proximité avec l’audience. Encore faut-il vouloir aller chercher clairement cette audience. « Là où il y a une volonté, il y a un chemin ».  Cela veut dire définir une stratégie, une ligne éditoriale, l’assumer, la faire partager, la mettre en oeuvre.  Et puis enfin, investir davantage sur les compétences et les nouveaux supports pour renforcer la confiance avec l’audience par la qualité de l’information et des programmes sur tous les médias, presse écrite, radio, télévision et sur internet. Alors seulement, les journalistes et les professionnels de l’information s’investiront davantage sur le web.

Internet, c’est du texte et de la vidéo, de l’audio et du visuel, de l’audience et des publics. Non ?

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