Le Soleil de Colombie, mon far-ouest canadien

coup de coeur

« No translator, just a bilingual dictionary for the written tests ! » me dit l’examinateur canadien de Vancouver. Pas facile de passer le permis de conduire en français dans un pays où l’anglais et le français sont pourtant les deux langues officielles ! A 10 000 kilomètres de la France,  j’ai compris cette année-là, l’importance de la langue et de la culture françaises.

Mon aventure du Far-Ouest canadien débute en novembre 1979. Jeune journaliste à peine sorti de l’école, je m’envole tout excité à la découverte du Canada. 23 ans et la sensation que le monde s’ouvre à moi. Pendant un an et demi, je pars couvrir l’actualité pour le journal « le Soleil de Colombie » comme journaliste coopérant affecté par le ministère français des affaires étrangères. Mieux encore, Christine m’accompagne. Nous allons vivre ensemble cette aventure américaine à Vancouver, en Colombie Britannique, la province la plus à l’ouest du Canada.

 

Là-bas au bord du Pacifique, la langue française fait figure d’îlot de résistance dans un océan américain. Dans cette province canadienne anglophone à 98%, quelques voix réussissent encore à faire entendre le français. Une minorité, 60 000 d’habitants sur 4 millions. Ici, les canadiens lisent le journal anglophone, le Vancouver Sun, regardent la télévision anglo-canadienne CBC et les 50 télés américaines voisines. Dans cet environnement médiatique anglophone, Radio Canada diffuse un programme en français et le Soleil de Colombie publie toutes les semaines un journal pour la petite communauté francophone.


La défense de la langue française

A notre descente d’avion à l’aéroport de Vancouver, un homme d’un soixantaine d’années, petit, plutôt rond, nous accueille. Il s’appelle André Piolat et dirige « le Soleil de Colombie ». Pendant un an et demi, le directeur du journal me fait découvrir la région et la minorité francophone dans ce Canada anglais. André Piolat m’apprend ce que veut dire défendre la culture française au quotidien.
Un matin, il m’envoie en reportage à Port Alberni dans le nord de l’île de Vancouver. Cette petite ville de 10 000 habitants, a ouvert la seule classe en langue française dans une des écoles primaires anglophones de la ville. L’instituteur, Bruno Dailly m’explique que les parents de ces enfants sont de langue française sauf deux. « Certains parents – dit-il – ne voulaient plus parler en français à la maison parce que leurs enfants ne s’exprimaient  qu’en anglais ».  A la dernière rentrée scolaire, ils ont inscrit leurs enfants dans la seule classe française ouverte cette année dans le cadre du programme de l’éducation fédérale. Avec ses 5 élèves, la classe de Bruno Dailly ferait rêver de nombreux enseignants. « Pas si simple ! » dit Bruno. En fait, il doit enseigner 3 programmes différents en français dans sa classe qui regroupe un élève de 4ème, un élève de 5ème et 3 élèves de 6ème.

Dans un Canada qui revendique deux langues officielles l’anglais et le français,  l’enseignement en français reste exceptionnel dans les provinces anglophones de l’Ouest canadien. Il a fallu, une loi en 1979, pour que la scolarisation en français devienne officielle dans les écoles publiques avec l’aval du gouvernement de Colombie Britannique. En 1980, seulement 250 élèves, dans toute la province, suivent ce programme spécifique en français dans 11 écoles. C’est ce que le directeur du Soleil de Colombie appelle « défendre la francophonie ».

La semaine suivante, le directeur du Soleil me demande un reportage sur Madeleine Gravel  à Victoria. Cette québécoise installée depuis quelques années dans la capitale de la Province,  tient le seul bistrot français sur l’Ile de Vancouver. Assise derrière son bar, Madeleine savoure son café en écoutant du Charlebois et du Gilles Vignault. « Parfois, j’ai une quarantaine de clients  ici – dit-elle –  ils viennent pour boire un coup mais surtout pour parler français, même des anglophones »

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Toutes les semaines, le Soleil de Colombie publie, sur 20 pages, des reportages sur la vie au quotidien des francophones de Colombie Britannique, une province dont la superficie est une fois et demie plus grande que la France. Près de 4000 exemplaires du journal sont vendus chaque semaine, essentiellement sur abonnement dans toute la province.

De rencontres en reportages, je découvre le Canada et la francophonie par les franco-colombiens comme on les appelle ici, mais aussi auprès des artistes francophones. Ils viennent, presque en mission comme le mime Marceau défendre la culture française par le silence et les gestes, ou la chanteuse québécoise Diane Tell et « Gilberto » son dernier succès.

Vancouver la séduisante

Il est vrai que Vancouver est vraiment une ville très séduisante. La principale ville de la Province, au bord du Pacifique, au pied des montagnes Rocheuses, baigne dans un climat doux et tempéré, loin des idées reçues et des clichés du grand froid canadien. Baignades et promenades sur les plages de Stanley Park l’été, ski l’hiver à seulement 30 minutes de route du centre ville. Au 23ème étage de notre appartement, la vue est magnifique. D’un côté, les sommets enneigés de Grouse Moutain, de l’autre le ballet des navires du Port de Vancouver … tout paraît plus beau, plus grand dans cette immensité canadienne. Avec ses larges rues à angles droits bordées de grandes tours, son Chinatwon, et son marché sur Granville Island, Vancouver, la multiculturelle, fourmille toute l’année et attire de nombreux visiteurs.

Le Soleil de Colombie, le journal des franco-colombiens

Dans ce far-ouest canadien, André Piolat fait figure de véritable pionnier. Le directeur du Soleil de Colombie défend la langue française avec force et détermination depuis de nombreuses années. Il porte haut le drapeau de la francophonie. A 68 ans, il dirige toujours le journal avec pour ambition de maintenir en vie le Soleil de Colombie qu’il a créé en 1968 pour défendre la langue française auprès des francophones et des francophiles de Colombie Britannique.

L’équipe du Soleil de Colombie – Vancouver septembre 1980

Autour d’André Piolat, le directeur du Soleil de Colombie, Huguette Décarie-Desjardins,
Annie Granger et Hélène Desbiens. Merci de m’envoyez un message.

En 1980, le Canada est cette année-là, en plein débat  sur « la charte des droits » comme l’appelle le premier ministre, Pierre Elliot Trudeau. Dans son éditorial, publié le 18 septembre 1980, André Piolat rappelle que cette charte permet de défendre les droits fondamentaux pour tout le Canada. Droits à la liberté de pensée, de presse, d’expression, de rassemblement ou encore d’éducation dans l’une ou l’autre des deux langues officielles du Canada.

Plus simplement, cela veut dire aussi le droit de passer le permis de conduire en langue française. Ce qui n’est pas encore le cas à Vancouver. Depuis 7 mois déjà, que je vis au Canada, mes amis m’ont incité à me mettre en règle pour continuer à rouler en Colombie Britannique. L’occasion aussi de réaliser un reportage pour le Soleil de Colombie sur le bilinguisme dans les administrations fédérales. Après deux tentatives, en anglais, l’examinateur me donne enfin le permis, « la licence » … en anglais bien sûr !

Pour en savoir plus :

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